Comment savoir si mon problème est vraiment ma technique?

Comment savoir si mon problème est vraiment ma technique?

Est-ce que ton problème est réellement ta technique… ou est-ce simplement la première explication que tu as trouvée?

Dans l’industrie des ongles, je vois souvent la même réaction : une cliente perd quelques ongles, l’agenda ralentit, une publication Instagram nous fait douter de notre travail et, presque automatiquement, on pense qu’il faut suivre une nouvelle formation.

Parfois, oui.

Mais après plus de 20 ans dans cette industrie, je peux te dire que ce n’est pas toujours là que se trouve le vrai problème.

Une difficulté technique existe et elle se corrige. Mais un manque de confiance, un mauvais positionnement, des prix inadéquats, une clientèle qui ne nous correspond plus ou l’impression de ne plus savoir dans quelle direction évoluer peuvent donner exactement le même sentiment : « Je ne suis pas assez bonne. »

Avant de chercher quoi corriger, il faut donc apprendre à poser un diagnostic.

Points saillants

  • Une cliente insatisfaite ou une mauvaise tenue n’est pas automatiquement la preuve d’un problème technique : c’est d’abord une information à analyser.

  • Avant d’acheter une autre formation, regarde si le problème est répétitif, mesurable et clairement identifiable.

  • La progression professionnelle ne devrait pas seulement améliorer tes poses : elle devrait aussi renforcer ta confiance, tes décisions, tes revenus et ta capacité à assumer ta valeur.

  • Une véritable experte n’est pas quelqu’un qui sait tout. C’est quelqu’un qui sait observer, diagnostiquer et décider quoi faire ensuite.

Une cliente insatisfaite n’est pas un diagnostic

Une technicienne m’a écrit récemment parce qu’une cliente lui avait dit que ses ongles n’avaient pas tenu.

Sa première réaction a été de se remettre en question.

Elle voulait suivre une formation. Elle voulait comprendre ce qu’elle avait fait de mauvais. Elle voulait être certaine d’être « correcte » dans sa façon de travailler et, surtout, de ne pas être moins bonne que l’autre technicienne que cette cliente avait peut-être fréquentée.

Je lui ai demandé quelque chose de très simple :

« Et tes autres clientes? Est-ce qu’elles ont le même problème? »

La réponse était non.

Je lui ai ensuite demandé des photos.

Est-ce qu’il y avait des éléments techniques que nous pouvions améliorer? Bien sûr. Il y en a presque toujours.

Mais rien ne me permettait de conclure que cette cliente avait perdu ses ongles parce que la technicienne n’était pas suffisamment compétente.

Ce que je voyais surtout, c’était une confiance qui venait d’être ébranlée.

Et ce sont deux diagnostics complètement différents.

Un résultat n’est pas une cause

C’est probablement l’un des concepts les plus importants que j’aimerais transmettre aux techniciennes.

Une cliente perd ses ongles : c’est un résultat.

Tu as moins de clientes qu’avant : c’est un résultat.

Il ne te reste presque rien à la fin du mois : c’est un résultat.

Tu regardes tes poses et tu ne les trouves jamais assez belles : c’est un ressenti.

Aucun de ces éléments ne te dit encore avec certitude ce qui cause le problème.

Pourtant, nous avons tendance à passer directement du résultat à la solution.

« Je manque de clientes, donc il me faut une nouvelle technique. »

« Cette pose n’a pas tenu, donc je dois changer de produits. »

« Les autres font du Gel X, donc il faut absolument que je l’offre aussi. »

C’est là qu’on commence à prendre des décisions coûteuses basées sur une hypothèse plutôt que sur un vrai diagnostic.

Avant de corriger quelque chose, demande-toi : qu’est-ce que je sais réellement, et qu’est-ce que je suis simplement en train de supposer?

Commence par mesurer le problème

Quand une technicienne me dit : « J’en ai plein des clientes qui ont ce problème », j’aime ramener la conversation aux chiffres.

Combien exactement?

Une cliente sur 40?

Cinq sur 40?

La moitié de ta clientèle?

Parce qu’une cliente mécontente peut parfois prendre énormément de place mentalement, même quand 50 autres clientes sont parfaitement satisfaites.

Si 30 clientes sur 40 ont des décollements au même endroit, là, oui, nous avons probablement quelque chose à investiguer techniquement.

Nous allons regarder la préparation, la structure, les produits, le protocole, la longueur, le type d’ongle naturel et les habitudes des clientes.

Mais si une seule personne rencontre une problématique et que toutes les autres ont une excellente tenue, je ne recommencerais certainement pas toute ma formation en catastrophe.

Il faut apprendre à regarder les tendances plutôt que les exceptions.

Cette capacité à prendre du recul fait partie, selon moi, du développement professionnel autant que la maîtrise d’un pinceau.

Pose-toi des « pourquoi » avant d’acheter une formation

Quand quelqu’un me demande quelle formation elle devrait suivre, je commence rarement par répondre avec le nom d’un cours.

Je vais plutôt demander :

« Quelle est la problématique que tu crois rencontrer? »

Puis je creuse.

Pourquoi crois-tu que c’est ta technique?

Pourquoi veux-tu corriger ce point précisément?

Depuis quand ça arrive?

Avec combien de clientes?

Qu’est-ce qui te fait croire que c’est toi?

Qu’est-ce que tu veux réellement obtenir comme résultat?

J’appelle parfois ça mes « sept pourquoi ».

Et c’est fascinant de voir où la conversation finit par nous amener.

Elle commence parfois avec :

« J’ai besoin d’améliorer mes poses. »

Et elle finit avec :

« J’ai peur que mes clientes trouvent que je ne suis pas assez bonne. »

Ou :

« Je n’ose pas augmenter mes prix. »

Ou encore :

« Je ne sais plus quoi faire pour développer mon entreprise. »

À ce moment-là, lui vendre simplement une autre formation technique ne règle pas vraiment ce qu’elle vient de me confier.

La formation technique n’est pas mauvaise. Le mauvais diagnostic l’est.

Je veux être très claire : je crois énormément à la formation technique.

J’ai bâti une grande partie de ma carrière en enseignement.

Une technicienne doit comprendre son métier, ses produits, la structure, la tenue et les principes qui rendent son travail sécuritaire et professionnel.

Mais je ne crois plus qu’il faut apprendre toutes les techniques disponibles pour réussir.

Je ne crois pas non plus que tu dois courir derrière toutes les tendances pour garder tes clientes.

Et je suis franchement tannée de voir des techniciennes changer constamment de produits, de marque ou de méthode simplement parce qu’une nouvelle tendance vient d’apparaître sur les réseaux sociaux.

Certaines vont même ajouter des services complètement différents dès qu’elles vivent une baisse de clientèle.

Elles ajoutent les pieds, les cils, un nouveau système ou une nouvelle technique pour « combler ».

Parfois, c’est une excellente décision.

Mais parfois, elles sont simplement en train d’ajouter une nouvelle solution à un problème qu’elles n’ont toujours pas identifié.

On peut être techniquement bonne et quand même stagner

J’ai accompagné une technicienne qui illustre parfaitement ce phénomène.

Elle avait déjà plusieurs années d’expérience avant d’arriver au Québec. Dans son pays d’origine, elle faisait parfois plusieurs clientes par jour.

Une fois ici, tout a changé.

Elle avait peu de réseau, parlait peu la langue et a pratiquement dû recommencer de zéro.

Pendant plusieurs années, elle a travaillé avec une très petite clientèle. Elle a même dû occuper un autre emploi pour compléter son revenu.

Lorsqu’elle est revenue plus sérieusement aux ongles, elle tournait autour de 15 à 17 clientes par mois, avec des poses autour de 50 $.

Elle stagnait.

Et pourtant, son problème n’était pas simplement qu’elle ne savait pas faire des ongles.

Elle avait déjà de l’expérience.

Ce qui manquait était ailleurs : positionnement, confiance, développement de clientèle, décisions d’affaires, environnement et capacité à croire que ce métier pouvait réellement devenir une carrière rentable pour elle.

Quand les décisions changent, l’entreprise peut changer

Lorsqu’elle a commencé à être accompagnée différemment, il y a bien sûr eu du perfectionnement technique.

Mais ce n’est pas seulement ce qui a transformé son entreprise.

Elle a commencé à mieux comprendre comment attirer de nouvelles clientes.

Elle a travaillé son positionnement.

Elle a progressivement augmenté ses prix.

Elle s’est entourée de gens qui croyaient davantage aux possibilités de son métier.

Et surtout, elle a commencé à prendre des décisions qu’elle n’aurait probablement pas prises auparavant.

En 2023, elle tournait encore autour de 17 clientes par mois.

Aujourd’hui, elle en fait environ 80 par mois.

Ses poses, autrefois autour de 50 $, sont maintenant autour de 120 $.

Cette évolution s’est construite sur environ trois ans. Ses prix ont été augmentés graduellement, parfois aux six mois, parfois annuellement.

La différence n’est donc pas une formule magique.

Ce sont des décisions répétées qui, ensemble, ont complètement changé sa trajectoire professionnelle.

Ta progression devrait aussi se voir ailleurs que sur tes ongles

Nous évaluons énormément la progression d’une technicienne avec des photos.

La structure est-elle plus belle?

Le limage est-il plus propre?

Les formes sont-elles plus symétriques?

Évidemment que ça compte.

Mais pour moi, ce n’est plus suffisant.

Si après cinq ans de formations ta technique est magnifique, mais que tu as toujours peur d’augmenter tes prix de 5 $, il reste une progression à faire.

Si tu connais dix techniques différentes, mais que tu ne sais toujours pas lesquelles sont réellement utiles pour ta clientèle et ton entreprise, il reste une progression à faire.

Si une seule cliente insatisfaite suffit à détruire toute ta confiance en toi, il reste une progression à faire.

Une technicienne devrait progressivement devenir une meilleure professionnelle, une entrepreneure plus solide et une experte dans son domaine.

Et ça ne se mesure pas uniquement sur une photo.

Une experte n’est pas quelqu’un qui sait tout

Je trouve qu’on entretient parfois une mauvaise définition de l’expertise.

Comme si être experte voulait dire connaître toutes les techniques, toutes les marques, tous les produits et toutes les tendances.

Pour moi, c’est presque l’inverse.

Une experte est capable de reconnaître ce qu’elle sait et ce qu’elle ne sait pas.

Elle sait observer une situation.

Elle sait poser les bonnes questions.

Elle sait diagnostiquer avant de réagir.

Elle sait aller chercher de l’aide lorsque c’est nécessaire.

Elle sait également prendre des décisions, assumer ses prix, poser ses limites et choisir les clientes avec lesquelles elle veut travailler.

Elle n’a pas besoin de courir derrière chaque nouveauté pour se sentir pertinente.

Et surtout, elle comprend que sa carrière ne devrait pas devenir une course contre les autres.

La vraie progression, c’est aussi être fière de la professionnelle que tu étais il y a deux ans, regarder celle que tu es devenue aujourd’hui et savoir vers qui tu veux évoluer ensuite.

Comment reconnaître un véritable problème technique?

Il existe quand même plusieurs signes qui devraient t’amener vers un perfectionnement technique.

Demande-toi :

  • Est-ce que le même problème revient régulièrement sur plusieurs clientes?

  • Est-ce que je peux identifier clairement l’élément technique que je ne maîtrise pas?

  • Est-ce que je comprends la cause probable, mais je ne sais pas comment la corriger?

  • Est-ce que mes photos montrent un problème répétitif de structure, d’architecture, de forme ou d’application?

  • Est-ce qu’un professionnel expérimenté peut observer mon travail et confirmer le même problème?

Il y a une grande différence entre dire :

« Mes parallèles sont systématiquement trop larges et je n’arrive pas à comprendre comment corriger ma structure. »

et dire :

« Je ne sais pas ce qui me manque, mais je sens que je devrais suivre une autre formation. »

La première phrase décrit une problématique précise.

La deuxième mérite encore quelques « pourquoi ».

Et si le vrai problème était ailleurs?

Parfois, après avoir fait l’exercice, tu vas réaliser que ta technique n’est pas le principal obstacle.

Peut-être que tu dois plutôt travailler :

  • ta rentabilité;

  • ton positionnement;

  • ta façon d’attirer la bonne clientèle;

  • tes prix;

  • ta confiance;

  • tes limites;

  • ton identité professionnelle;

  • ta créativité;

  • ton modèle d’affaires;

  • ou simplement la direction que tu veux donner à ta carrière.

Et ça ne signifie pas que tu as échoué techniquement.

Au contraire.

Ça peut vouloir dire que tu arrives à une nouvelle étape.

Plus tu avances dans ton métier, moins toutes tes problématiques peuvent être réglées avec un nouveau protocole ou une nouvelle technique.

À un certain niveau, tu dois aussi apprendre à gérer une entreprise, à faire des choix, à comprendre ta valeur et à décider ce que tu veux réellement construire.

C’est une autre forme d’expertise.

Et elle est tout aussi importante.

Avant ta prochaine formation, prends le temps de diagnostiquer

La prochaine fois que tu te surprendras à penser : « Il faut que je suive une autre formation », ne rejette pas l’idée.

Mais ne clique pas immédiatement sur « acheter » non plus.

Pose-toi quelques questions.

Quel est exactement le problème que j’essaie de résoudre?

Depuis combien de temps existe-t-il?

Combien de clientes sont réellement touchées?

Quelles preuves ai-je que la cause est technique?

Qu’est-ce qui changerait concrètement dans mon entreprise si je réglais ce problème?

Et surtout : est-ce que je cherche une compétence supplémentaire ou est-ce que je cherche qu’une autre personne me rassure sur ma valeur?

La réponse pourrait effectivement être une formation technique.

Mais elle pourrait aussi être une augmentation de prix, une nouvelle limite, un repositionnement, une meilleure compréhension de tes chiffres ou une décision que tu repousses depuis longtemps.

Une experte n’est pas celle qui sait tout.

C’est celle qui sait observer, diagnostiquer et décider quoi faire ensuite.

Et peut-être que ton prochain niveau ne demande pas d’apprendre davantage.

Peut-être qu’il te demande surtout de mieux comprendre ce dont tu as réellement besoin pour avancer.

À propos de Valérie Ducharme

Valérie Ducharme évolue dans l’industrie professionnelle des ongles depuis plus de 20 ans. Entrepreneure, artiste, éducatrice et coach, elle est fondatrice de l’Académie Valérie Ducharme et de la marque professionnelle VD.

Au fil de sa carrière, elle a formé et accompagné des techniciennes en ongles dans leur développement technique, créatif, professionnel et entrepreneurial. Championne de la saison 5 de Nail’d It! / NTNA et juge internationale, elle a également travaillé sur des projets créatifs et mode à l’international.

Aujourd’hui, son approche va au-delà de la technique : elle aide les professionnelles à développer leur jugement, leur identité, leur confiance, leur valeur et une carrière qui leur ressemble réellement.

FAQ — Technique, progression et carrière en tant que technicienne en ongles

Comment savoir si j’ai réellement besoin d’une formation de perfectionnement en ongles?

Une formation de perfectionnement devient particulièrement pertinente lorsqu’un problème technique est clair, répétitif et identifiable. Par exemple, si plusieurs clientes ont les mêmes décollements ou si tes structures présentent systématiquement le même défaut. Si tu ne sais pas précisément ce que tu veux améliorer, commence plutôt par faire un diagnostic de ta situation.

Pourquoi mes poses ne tiennent-elles pas sur certaines clientes?

La tenue peut être influencée par plusieurs facteurs : préparation de l’ongle naturel, structure, produits, longueur, habitudes de la cliente, état de l’ongle naturel ou protocole utilisé. Une mauvaise tenue chez une seule cliente ne signifie donc pas automatiquement que ta technique est mauvaise. Cherche d’abord à savoir si le problème est isolé ou récurrent.

Est-ce qu’une technicienne en ongles doit connaître toutes les techniques?

Non. Connaître davantage de techniques peut être utile, mais ce n’est pas une condition pour avoir une entreprise rentable ou devenir une experte reconnue. Il est souvent plus pertinent de maîtriser réellement les techniques adaptées à ta clientèle et à ton positionnement plutôt que d’essayer de suivre toutes les tendances.

Est-ce qu’améliorer ma technique va me permettre d’augmenter mes prix?

Une meilleure technique peut contribuer à augmenter ta valeur, mais elle n’est qu’une partie de l’équation. Tes prix dépendent également de ton expérience, de ton positionnement, de ta clientèle, de ton service, de ta rentabilité, de ta confiance et de la valeur perçue de ton travail.

Pourquoi est-ce que je manque de confiance même après plusieurs formations?

Parce que la confiance professionnelle ne vient pas uniquement de l’accumulation de connaissances. Elle se développe aussi en pratiquant, en prenant des décisions, en obtenant du feedback, en observant ses résultats et en apprenant à faire confiance à son propre jugement. Acheter davantage de formations ne règle pas automatiquement un manque de confiance.

Comment évoluer comme technicienne en ongles sans devenir formatrice ou ouvrir un salon?

Il existe plusieurs trajectoires possibles : développer une clientèle premium, devenir spécialiste d’un style, travailler moins tout en augmentant sa rentabilité, participer à des compétitions ou projets créatifs, collaborer avec la mode, devenir mentor, développer une marque ou simplement construire une carrière autonome qui correspond mieux à tes objectifs personnels.

Quelle est la différence entre être une bonne technicienne et être une experte?

Une bonne technicienne maîtrise son travail. Une experte développe en plus son jugement professionnel. Elle est capable d’observer, de diagnostiquer un problème, de prendre des décisions, de reconnaître ses limites, de choisir les bonnes formations et d’adapter son entreprise à ses objectifs plutôt que de simplement suivre les tendances de l’industrie.